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Burkina : L'organisation politique dans le Gulma avant la pénétration coloniale

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Avant la pénétration coloniale, les sociétés africaines étaient organisées politiquement, chacune avec son système, tantôt semblable à l'autre, tantôt radicalement opposé. La société Gulmancema faisait partie en général de celles qui avaient un pouvoir relativement centralisé mais avec plusieurs chefs dont le pouvoir était géré de manière collégiale. La succession au trône, loin d'être rigide et fermée était une compétition ouverte opposant plusieurs candidats. Des rituels et des coutumes entourent la compétition pour le pouvoir et son exercice. Dans notre chronique, nous verrons comment les Gourmantchés étaient organisés politiquement.

Dans le Gulmu, la sociétéétait organisée en Diema, c'est-à-dire en provinces ayant chacun un chef (un Bado) qui était attachéà une autre autorité : Nunbado. Les Diema de Nungu était repartis entre des Kombala. Chaque Kombali était l'intermédiaire entre le Nunbado -l'autorité de Nungu- et les villages de son commandement. Le Nunbado, bien qu'exerçant l'autoritéà un niveau supérieur, n'avait pas le pouvoir absolu sur les autres provinces sous son commandement. Cela montre que contrairement à ce que l'on croit, le Gulmu était peu centralisé et avait un système de confédération de la gestion du pouvoir.

Georges Y. Madiéga, l'historien le plus célèbre de la région, explique cela en ces termes : « il n'y avait donc pas un royaume du Gulma, mais des royaumes gulmanceba. Les Diema indépendants étaient des « royaumes » au plein sens du terme. Les Diema « vassaux » s'étaient constitués en fait, en royaumes indépendants sous le lointain contrôle du Nunbado. L'ensemble des royaumes formaient une sorte de confédération dans laquelle le Nunbado était le primus inter pares. Il n'existait pas de pouvoir centraliséà l'échelle de l'ensemble du Gulma ». Il n'y avait pas de royaume tout fait qui détenait l'autorité absolu mais un système de gestion collégiale du pouvoir. « Il est ressorti des différentes investigations que chaque Diema gardait son indépendance et organisait son administration » renchérit Salifou Idani, un autre célèbre historien de la zone.

Le choix et l'intronisation du Nunbado obéit à un ensemble de règles, de rites et de coutumes. Le Bado (le roi) était choisi en fonction de ses compétences morales ou politiques, ses influences sur le collège électoral et sa capacitéà diriger le village. Outre le fait que le fils aîné du chef qui doit lui succéder peut participer à la compétition électorale, certains fils du chef pouvaient également y prendre part. Un collège électoral était chargé d'organiser la succession du pouvoir et les candidats sont tenus de démontrer leur probité, leur force politique et même spirituelle pour espérer être élu par le collège. Il arrive des fois que la décision du collège électoral soit influencée par le défunt chef. Celui-ci pouvait avant sa mort convaincre le collège électoral d'élire un de ses fils qu'il estime capable de gérer le pouvoir. Le collège électoral était composé de Kombali (chefs de cantons) respectables qui jugeaient les candidats en toute impartialité. Le collège comprenait des gens de Teidano, Odano et de Diebado. Ce sont tous des Kombali qui jouent un rôle important au niveau du choix du candidat et au niveau de l'exercice du pouvoir.

Le Teidano assure l'intérim pendant la vacance du pouvoir et travaille à restituer fidèlement le pouvoir au dauphin. Il joue un rôle déterminant dans le choix du chef. Pour ce qui concerne le Odano, il est considéré comme le Premier ministre et joue un rôle important dans la cour du chef. Considéré comme l'aîné du collège électoral, il travaille dans la cour comme un missionnaire du pardon et de la tolérance. Sa voix est aussi importante dans les élections. En fin, le Diebado est perçu comme celui qui commande le chef, il est chargé de balayer la cour du chef, il participe également au choix du Bado.

Après que le collège électoral ait choisi le chef, plusieurs coutumes suivent. Le nouveau roi est conduit chez le Teidano par ses proches intimes aux environs de minuit pour recevoir son autorité. Après quelques moments, le Teidano raccompagne le nouveau chef et lui dit qu'il lui est interdit de mettre encore pied dans sa cour. Celui-ci pendant tout son règne ne doit plus mettre le pied chez le Teidano. Après le Teidano c'est au tour de la Barintano (reine) d'accueillir le nouveau chef. La reine lui fait boire une décoction après qu'il ait juré de ne pas être cruel pendant son règne. Après ce serment, on lui met un boubou, un pantalon et un bonnet cousus dans des bandes de cotonnades. Il prend la route et rentre dans la cour du défunt chef où il sera croiséà la porte par le Teidano. Avant de rentrer dans la cour, il distribue des cadeaux. Il entre dans la maison de la femme du chef défunt pour faire un sacrifice de bœuf.

Après le sacrifice, le nouveau Bado se rend dans une famille où on lui montre un bracelet géant, tellement grand que nul ne peut le porter. La signification de cet acte est que le propriétaire du bracelet fut un roi tolérant et pacifique malgré sa grande taille et sa force légendaire. Ensuite, le chemin du nouveau chef l'amène dans une famille de forgerons, il s'assoit sur l'enclume après un coup de marteau frappé par le forgeron symboliquement, pour renforcer son pouvoir. Là-bas il apprendra les coups durs qu'il doit supporter durant son règne. Après avoir quitté les forgerons, il se dirige dans une autre famille de Combianu où il choisira une tabatière sur laquelle on fera des pronostics sur son règne. Après cela, il entre dans une maison pour une retraite de sept jours avant d'apparaître au public au 7e jour. C'est à partir de ce jour que le règne du nouveau chef commence. Il devient garant de l'intégrité du territoire et veille à l'application des institutions dans le Diema.

Les élections dans le Nungu n'étaient pas un fleuve tranquille. Il arrivait qu'il y ait des contestations après le choix du collège électoral. C'est par exemple, le cas de Bacandi en 1892, choisi au détriment de son aîné Yentugri. Ce dernier entra en rébellion avec son petit frère avec l'aide de Zapankgu et de Bilanga. Cette guerre fratricide a duré jusqu'à la venue du colon qui n'a pas hésitéà profiter de ces conflits de succession pour asseoir son autorité dans le Gulma.

Bibliographie :
- Georges Y Madiega, Le Nord Gulma précolonial, thèse de doctorat, p.123
Salifou Idani, Approche Historique du Diema de Jakpangu (Burkina-Faso) : des origines à la conquête coloniale », thèse de doctorat 2010, p.8
Chantoux (A), 1966, Histoire du pays gourma par la tradition orale, Edition Tidogu, Fada N'gourma (Haute-Volta), 61 p.

Wendkouni Bertrand Ouédraogo
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